Lorsque l’on sort de chez moi par le portail tout vert de la résidence
Il faut emprunter immédiatement la longue route qui descend en pente très raide
Avant de prendre à droite en arpentant nonchalamment le trottoir
On tombera alors à coup presque sûr et de façon logique sur eux
Ils sont là en nombre variable et indéfini formant un groupe disparate
Près d’un pont où passent des trains mais pas entièrement dessous non plus
Ils sont tous très mal rasés avec des tronches de poilus de la première guerre
Fagotés à l’arrache de vêtements aux couleurs qui ne vont pas ensemble
On voit bien que la mode est un souci qui n’est pas de leur monde
Tout à leur liberté ils sont bien au-dessus de pareilles futilités
Il y a entre autres quelques arabes décharnés assis sur un parapet
Un pauvre mec hirsute toujours debout avec une veste de jogging dégueulasse
Et puis il y a ce gros type affichant des yeux bonasses et résignés
Ainsi qu’un bide phénoménal le distinguant de ses congénères
Mais surtout remarquable par le gros chien à la fourrure mitée
Copie conforme de son maître sous la forme canine
Qui l’accompagne comme son ombre misérable mais digne
En guise de décor on peut apercevoir quelques cadavres de bouteilles
D’autres sont encore bien vivantes mais leur état de santé se dégrade à vitesse constante
Sous l’assaut de la troupe expérimentée qui tête les goulots comme des biberons
Tous les membres du groupe sont tellement vieux et usés
Qu’ils semblent là depuis toujours et pour toujours
Au désespoir des quelques filles de passage très propres en petite jupe
Qui s’écartent prudemment sous leurs rires gras et désenchantés
Je suppose qu’ils passent le plus clair de leur temps à boire de la vinasse
A refaire le monde à moitié saouls quand c’est pas complètement bouratches
Et à raconter beaucoup de conneries aussi il faut bien l’avouer
J’ai jamais vraiment su ce que je voulais faire dans la vie
Mais quand je croise à la tombée du soir cette faction hors du temps et du monde
Je me dis que j’aimerais être un clochard et faire partie de leur bande

Le clochard est semble-t-il, malheureusement universel. Quand ils « vivent » en groupe, ils interpellent le tout venant, en raison de tout ce que tu décris dans cet excellent texte!
Parfois, on les remarque juste par leur apparence; ils sont seuls et on est encore plus attristé car oûtre le fait de vivre sans un toit, ils luttent dans la solitude pour survivre!
http://ismeraldamadrid.unblog.fr/2011/12/29/un-sujet-delicat/
bisous Ismeralda
? : La coupe du Roi (2012-2013) pour l´Atletico de Madrid. Merci Cholo.
Dernière publication sur De Madrid à Liège, me rejoindrez vous dans mes délires
Hé Ismeralda, je vois que toi aussi tu as été interpelée par ces êtres en marges, ces pauvres hères, méprisés, transparents, qui parfois aimeraient simplement exister aux yeux des autres. Des êtres parfois plus honorables que bien des golden boys…
Bisous.
Bonjour
Des mots justes. Je voyais de temps en temps un SDF puis un jour, il a disparu. Quelqu’un s’est-il posé la question. Pourquoi ? Tout le monde a une histoire, un passé jusqu’au jour où tout bascule. Ne les regardons plus comme des extras terrestres;
A bientôt
Marie-Pierre
Dernière publication sur LE KIOSQUE DES MOTS : VIADEO ET MOI
Oui, des extraterrestres… c’est vrai, ils semblent vivre sur une autre planète… ou occuper une autre réalité, tant ils sont loin de nos préoccupations quotidiennes.
Ce que tu dis sur l’ »histoire » de ces gens est très juste : comme le dit Francis Scott Fitzgerald dans Gatsby le magnifique, tout le monde n’a pas forcément eu les mêmes chances à la naissance, et c’est valable pour la vie entière, donc je pense que c’est négatif de se poser en juge, à priori, sans connaître le parcours qui a été le leur…
Merci pour ton commentaire.
Que de richesses en ces êtres exlus de notre égoïste société,que de valeur humaine en ces souffrances,
très bonne soirée à toi.
Dernière publication sur chasseur d'images spirituelles : Ce bonheur que tu peux vivre
Le chasseur que tu es entrevoit sûrement des trésors en ces êtres en marge
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Bonne journée.